Dans un monde enfermé à l’intérieur d’un contenant hermétique rempli à ra bord de fous furieux, de fous angoissés, de fous modestes, de fous braques, de fous majestueux et même de fous du roi…
Existait un simple fou qui jadis fût à l’origine de son essence, une grande folle. Il s’apparentait
aux gens bien ordinaires qu’il côtoyait même si dans son fort intérieur la folle d’origine criait
« Sortez-moi de moi! » Coincée entre sa peau d’homme et son cœur bien aimant, la folle en lui ne pouvait exprimer sa douce folie, elle résistait à la tentation d’être complètement burlesque tout en comptant le nombre de ses poils qui l’ horrifiait à chaque matin. C’est qu’elle aimait le corps pur des hommes sans poil et sans reproche, elle aimait l’odeur du muscle tendu qui offrait à la main une prise forte de virilité. Elle aimait tant sentir le masculin au cœur du féminin.
Cette folle profonde fût attentive à la joie de vivre tout en offrant à tous son amour tel un tourbillon intérieur sortant tout droit de son nombril en mutation. Par contre, elle craignait depuis toujours d’être anéantie par la souffrance de ses quelques orteils malheureuses de n’avoir pas trouvées d’escarpin à talon aiguille. C’est en portant le soulier d’homme qu’elle tua toute sa féminité et par le fait même elle disparu à l’intérieur du simple fou.
Le temps passa…et repassa la chemise noir et la chemise blanche du bon serveur. Il était si simple d’être simple, si correct d’être correct, si seul d’être seul. Sa grande folle n’étant plus, il savourait la platitude de son existence de simple fou à chemise repassée. Propre et à sa place, délicatesse d’être sans broncher, seulement exprimer un doux chant populaire, il était un simple fou dans le grand contenant vide de sa vie. Pas d’amour autre que le sien pour tous et chacun, toujours à l’écoute, toujours en première place d’une soirée éphémère. Le fou désirait secrètement la grande folie, les plumes, les lumières, les éclats de rire, les jouissances totales qui nous conduisent au septième ciel. Il en désirait plus que pas assez, mais pauvreté d’être si simple quand on refuse de porter l’escarpin à talon aiguille.
Et puis, le temps devint différent…L’absence de chemise noir et blanche parties aux quatre vents, avait su être le mouvement de sa libération. Maintenant, il était fin prêt à retrouver la folle en lui. Recherche intérieur, creusage d’illusion, dynamitage du passé, retrouvaille avec sa tendre folie. Nul besoin de chausser l’escarpin à talon aiguille, c’était-il dit.
C’est par un temps plutôt clément qu’il fit le choix d’être folle à nouveau tout en conservant son habitat masculin, son corps filtre de ses peurs avait enfin libéré le simple fou coincé dans sa torpeur. Voilà qu’ il s’aimait dans son entièreté du masculin jusqu’au féminin. Et c’est ainsi qu’il s’accomplit dans son rôle à la perfection, il compris que son passé imparfait se juxtaposait à son participe présent, enfin l’ombre de ses peurs trouva l’équilibre dans la lumière de ses joies.
Pour les 40 ans de mon ami Stéphane Castellon.Décembre 2007.
3 commentaires:
Quelle belle histoire ! merci. Que tous les fous à talon aiguille de la Terre s'inspirent de ta grande folle à l'essence retrouvée ! J'aime les vérités que contient cette touchante poésie.
Et ton image... j'adore. La grande folle avec sa robe théâtre !
c'est tellement beau et pleins de poésie... wow, quelle belle plume tu as chère Isabelle!!!!
Wow ! J'en reviens pas que tu aies publié ce texte...J'aime ça...Il y a quinze ans, je ne l'aurais pas imaginé...ah ah ah ! Merci pour ce texte dans lequel je me retrouve très bien...
Je t'aime.
à toi pour toujours, ta grande folle adorée,
Stéphane XX...
Enregistrer un commentaire